Le ras le bol du discours de la grande distribution, qui nous jure les yeux dans les yeux et la main sur le coeur, qu'elle se bat pour notre pouvoir d'achat... alors que toutes les enseignes font depuis des années d'énormes bénéfices sur le dos des consommateurs...
SI c'est une simple coïncidence, elle semble curieuse. Le 30 mars, par lettre
recommandée, Daniel Blondeau, secrétaire général de Force ouvrière Ardennes, avise le directeur de l'hypermarché Cora que Dany Sobaco est désigné délégué syndical et représentant de FO au comité
d'entreprise.
Déjà 30 syndiqués
Une semaine plus tard, deux salariés qui avaient fait savoir qu'ils souhaitaient rejoindre la toute nouvelle section syndicale sont mis à pied. Leur licenciement interviendra le 29 avril.
« Ce n'est pas un hasard mais la volonté de frapper un coup symbolique pour éviter que le mouvement fasse tache d'huile. C'est de l'entrave… » se fâche Daniel Blondeau. Lequel a immédiatement
saisi la direction du travail et l'avocat Xavier Medeau (spécialisé dans le droit social) pour préparer une action devant les prud'hommes.
« J'ai aussi écrit au préfet. Celui-ci prêche le dialogue social. Il pourra constater que certains chefs d'entreprise sont loin d'en être de chauds partisans… »
A noter au demeurant qu'aucun syndicat n'avait jusqu'alors réussi à s'implanter dans l'hypermarché, installé sur la zone de Villers-Semeuse depuis les années 70.
« Si j'ai fait confiance à Dany Sobaco, c'est que je le savais costaud mais pas du genre à être intimidé ou à être sensible au chant
des sirènes.
Mais je n'imaginais pas que la direction de Cora réagirait de cette manière » tonne encore Daniel Blondeau.
« L'ambiance s'est dégradée au printemps. Quand le personnel a appris que des cadres bénéficieraient d'une augmentation salariale alors que les employés de base,
eux, verraient leur participation sérieusement diminuée en raison de la crise »
glisse le nouveau délégué syndical.
« Bizarrement, après ma nomination comme délégué, mon supérieur m'a dit que c'était dommage, que je pouvais espérer devenir adjoint… »
Sous-entendu, cet engagement syndical est venu ternir une carrière qui s'annonçait brillante !
Reste le plus sensible, à savoir le licenciement des deux collègues du service sécurité du magasin. « Les faits invoqués ne constituent en rien des fautes graves justifiant des licenciements »
estime le responsable départemental de FO (lire par ailleurs).
La justice tranchera.
« Un mini-sondage nous faisait espérer que près de la moitié des employés était d'accord pour rejoindre le syndicat quand il se créerait. Pour l'heure, la manœuvre, a réussi. Les gens ont peur.
Mais la section est forte quand même d'une trentaine de syndiqués. C'est un début » conclut Dany Sobaco, 36 ans, employé jusque-là sans histoire…